Georges avait sorti hors de la portière sa tête nue, car aucun couvre-chef n’aurait continué à couvrir son chef à une allure aussi prodigieuse.

Avec de grands gestes, il faisait signe à l’autre de s’arrêter, mais le monsieur visiblement ne comprenait pas… La vingt-quatre avait pris maintenant un ou deux mètres devant la voiture rivale. Georges hurla dans le vent :

— Markeysen ! Markeysen ! Markeysen ! pour arriver à tout prix à se faire entendre. En même temps, il faisait signe à son chauffeur à lui de ralentir, afin de bien montrer que ce signe de ralentissement s’adressait aux deux voitures.

Ils arrivèrent enfin à se comprendre après un bon kilomètre de mésintelligence parfaite.

Cependant il ne fallait pas trop faire jouer les freins. La diminution progressive de vitesse leur prit encore un temps appréciable. A la fin des fins, ils stoppèrent l’un et l’autre et Georges put articuler :

— Je suis un ami de Mme Olmey, elle vous attend de toute urgence à Salzburg.

— Ah ! ah ! fit le monsieur. Moi qui regagnais Paris en toute hâte, dit-il dans un français correct et avec très peu d’accent. Je courais la poste pour la retrouver ou, plutôt, pour tâcher de savoir où elle était… car j’avais appris qu’elle était partie précipitamment de chez elle.

— Le plus simple, dit Georges, serait que je monte avec vous à votre côté, pendant que votre chauffeur s’installera à côté du mien sur ma voiture.

Un petit clin d’œil avertit M. Markeysen que cette combinaison avait encore un autre avantage facile à deviner. Il était parfaitement inutile de mêler les chauffeurs au reste de la conversation.

M. Markeysen était descendu de voiture. C’était une sorte de géant aux traits réguliers… Cinquante ans, tout au plus. Georges acheva de se présenter. M. Markeysen ne le connaissait pas, mais le nom de famille de Georges n’avait pas pour le banquier hollandais un son nouveau, ce nom étant assez connu dans le monde industriel. Il fit signe au jeune homme de le suivre sur un des bas-côtés de la route, pendant que les chauffeurs s’en allaient un peu plus loin, afin de trouver une amorce de chemin latéral, qui leur permettrait de tourner leurs voitures.