— Qu’arrive-t-il à cette pauvre Béatrice ?
— Eh bien, dit Georges après un peu d’hésitation, comme pour atténuer la brusquerie de ce qu’il avait à dire, il arrive qu’elle est gardée à vue à Salzburg.
— Bon ! fit tranquillement Markeysen. On la soupçonne d’avoir trempé dans l’assassinat de son beau-frère… Il faut reconnaître que cette pauvre femme a fait tout ce qu’il fallait pour ça… Comment ? Elle disparaît le soir même du crime… Tout le monde sait dans leur entourage qu’elle était en grave mésintelligence avec son beau-frère… Tout le monde sait qu’elle l’accusait de compromettre ses intérêts… Elle l’a répété un peu partout et un peu trop souvent… Je n’ai pas manqué de lui en faire la remarque, chaque fois que j’en ai eu l’occasion. Elle n’avait qu’à se disputer en tête-à-tête avec Lucien Olmey, mais sans mettre les gens dans la confidence de leurs désaccords.
Les voitures étaient revenues devant eux.
— Nous allons filer là-bas, sans retard. Qu’est-ce qu’elle a à me demander, qu’est-ce qu’elle a à nous raconter, je me le demande !… Suivez-nous à quelques centaines de mètres, dit Markeysen au chauffeur de Georges.
Puis, son chauffeur à lui ayant pris place auprès d’Adrien, il monta dans sa voiture avec sa nouvelle relation.
— Vous comprenez, dit-il, aussitôt qu’ils furent installés sur le siège et qu’ils eurent repris leur marche… vous comprenez, nous avons, ma femme et moi, pour cette petite, une affection de parents… Ma femme a été sa belle-sœur. Elles se sont toujours aimées et n’ont cessé de s’aimer comme deux sœurs.
— Mais je croyais que Mme Markeysen vous accompagnait dans votre voyage…
— Nous avons quitté Amsterdam ensemble et c’est en route seulement que nous avons appris cette terrible histoire… Vous savez que Lucien Olmey était le premier mari de ma femme… Elle a été un peu remuée par sa mort, c’est facile à comprendre, et je ne peux vraiment pas être jaloux d’un sentiment, je trouve, assez explicable. Au contraire, je l’aurais accusée de dureté d’âme si elle ne l’avait pas éprouvé… C’est entendu, nous étions fâchés avec ce garçon. Il ne m’avait jamais pardonné d’avoir épousé sa femme, alors que ce n’est pas moi, mais lui-même qui, par des bêtises de tout ordre, l’avait obligée à divorcer… C’était un exalté… pas bête… On peut même dire de lui qu’il ne manquait pas de flair pour découvrir les bonnes entreprises, mais il n’avait aucune des qualités de persévérance, de ténacité, qui sont nécessaires pour mener des affaires à bien. Je ne sais pas dans quel état il a laissé sa maison. Je connais, je puis le dire, toutes les affaires que sa banque soutenait, je sais quelles valeurs constituent la fortune de Béatrice. C’est du bon papier, j’ai tout lieu de croire, mais il faut voir encore comment ça a été géré par les divers directeurs de ces maisons.
Georges écoutait. Somme toute, il n’avait rien à dire.