Aucun trésor précis ne pourrait compenser la détresse perpétuelle d’une cohabitation avec Mlle Irma. Le jeune homme éprouvait un vrai mal de mer devant cet océan de fadeur.

Cependant, eût-il eu l’énergie nécessaire pour quitter sa famille, pour accomplir cet acte énorme, s’en aller ?

On lui facilita imprudemment cette résolution.

Depuis le commencement des vacances, il était convenu qu’il irait faire un voyage de trois ou quatre semaines, au grand air des plages de Bretagne. Ses parents se dirent que ce délai de réflexion serait sans doute favorable à l’accomplissement de leurs projets. Même ces gens, qu’une âpre activité stimulait constamment dans le vie, n’étaient pas inaccessibles à ce besoin de trêve, si cher aux âmes paresseuses.

Robert se dit : « Je m’en irai tout tranquillement en Bretagne comme si de rien n’était, sans laisser soupçonner à me famille l’importance de ce départ… Et j’ajournerai sine die mon retour. »

Mais, cela même, il se le dit assez vaguement, pour ne pas s’effrayer. Il avait coutume, quand il s’agissait de prendre une grande résolution, de se boucher un des yeux, comme on fait à un cheval de picador.

Le jour du départ venu, il s’appliqua, pour ne pas donner l’éveil à son père et à sa mère, à ne pas les embrasser avec trop d’effusions.

Il avait projeté de se rendre d’abord à Saint-Jacut de la mer, entre Saint-Lunaire et Saint-Cast, non loin de Dinard. C’est là qu’un de ses cousins, le peintre Isidore Gormas, l’artiste de la famille, avait une résidence d’été.

Certainement, Isidore était un homme d’esprit libre… Aux yeux des Nordement et de la plupart des Gormas, il passait pour un garçon excentrique, qui ne faisait jamais rien comme tout le monde.

Quand il venait dîner en famille, il parlait aux parents de Robert sur un ton de continuelle ironie.