Robert, par malheur, savait très bien que ce n’était pas là les idées de cette dame très collet-monté, très sévère pour les ménages un peu libres. Il lui sembla qu’elle sacrifiait un peu cyniquement, pour les besoins de la cause présente, son rigorisme habituel. Il gardait le silence. Elle y sentit une marque de désapprobation, perdit un peu la tête, et se lança dans des arguments encore plus contestables…

— Je sais, dit-elle, que tu es un garçon désintéressé. Cela tient à ton bon cœur, mais aussi à ton inexpérience de la vie. Tu n’as jamais manqué de rien. Alors tu ne sais pas ce que représente l’argent. Tu t’en rendras compte plus tard. Dieu merci, ton père est à son aise. Mais il n’a pas une fortune colossale. Les affaires peuvent devenir difficiles d’un moment à l’autre. Et si un jour papa a besoin d’un coup de main, il sera très utile pour lui d’être allié avec un homme comme M. Ourson, dont les ressources sont inépuisables.

Robert ne vacilla qu’un instant. Il se voyait déjà sauvant son père au bord de la ruine. Mme Nordement n’avait pas eu une mauvaise idée en faisant appel à son noble esprit de sacrifice. Mais elle gâta son avantage en insistant.

Le jeune homme eut alors l’impression que tout cela était faux, que jamais le prudent M. Nordement ne serait gêné dans ses affaires, et qu’il y avait là un petit chantage, dont il fut un peu écœuré.

Comme il ne se décidait pas à parler, sa maman continua :

— Enfin, on ne te presse pas. On a confiance en toi. Embrasse ta mère.

— Nous en reparlerons demain, dit papa.

III

Robert, comme le prétendait justement sa mère, ne se rendait pas un compte exact de ce que voulait dire ce mot : la richesse.

Et puis, que signifiaient quatre misérables millions, pour un jeune homme de vingt-deux ans, qui avait devant lui toute une Golconde d’espérances, d’autant plus vastes qu’elles étaient indéterminées ?