Robert ne disait rien, et feignait obstinément d’ignorer tous les conciliabules où se tramait son bonheur futur. Il savait qu’il n’avait pas beaucoup de volonté, et que la tactique la meilleure pour lui était de ne pas engager le fer. Mais, le lendemain de la soirée chez les Ourson, après le déjeuner, sa mère lui dit, de son petit air de commandement :
— Reste un peu, Robert. Papa et moi nous avons à te parler.
Robert savait que son père ne dirait rien. Sur les questions de ce genre, il laissait la parole à son major-général. Mais la formule : « Papa et moi, nous avons à te parler », indiquait au jeune homme que les hautes autorités dont il dépendait étaient complètement d’accord.
D’autre part, le fait que papa fût rentré déjeuner au Vésinet annonçait que la question était grave.
— Tu sais quels sont nos projets ? dit Mme Nordement.
Il inclina le tête sans rien dire.
— Je pense, ajouta-t-elle, que tu es assez raisonnable pour être d’accord avec tes parents.
Un instinct secret l’avertissait que, s’il sortait de son silence, il était perdu. Il laissa donc aller sa mère, qui parla un peu trop, et ne fut pas très adroite.
Elle concéda que la jeune fille — pour le moment — n’était pas une beauté.
Mais elle alla jusqu’à dire, en termes plus ou moins voilés, que la fidélité des hommes n’était pas obligatoire, et que, chez un mari encore jeune, on excusait certaines peccadilles.