Un thé chez Mme Alvar réunit les Ourson et les Nordement.

M. Nordement était un gros homme rasé, dont la lèvre forte découvrait des dents trop neuves.

Mme Ourson était aussi amorphe que sa fille, avec un peu plus de chair.

Une conversation lente et lourde s’engagea entre les ascendants. On avait essayé d’isoler les jeunes gens, qui s’en allèrent ensemble dans le jardin. Mais, de la terrasse, on eut beau arroser le banc où ils avaient pris place de regards fécondants, il sembla bien que le jeune Nordement n’avait pas trouvé là sa compagne d’élection, et que, cette fragile créature une fois mise entre ses mains, il n’avait eu d’autre idée que de la reposer sur le sol avec d’infinies précautions, pour ne pas avoir l’air de la laisser tomber.

On procéda à une contre-épreuve, plus soigneusement organisée. Une seconde entrevue eut lieu un soir dans la villa somptueuse des Ourson. Peut-être avait-on espéré qu’Irma donnerait mieux aux lumières. En tout cas, c’était à essayer.

Dans l’après-midi, Mme Alvar l’avait emmenée dans un Institut de Beauté.

Jamais l’impuissance de l’artifice ne se manifesta d’une façon aussi indiscutable. L’éclat des fards ne fit qu’accuser sans recours l’indigence de ce visage ingrat.

Mais, à mesure que s’avérait l’impossibilité d’une telle union, le désir cupide de la voir se réaliser grandissait chez Mme Nordement. On s’était renseigné à fond, et ces messieurs avaient même eu, sans avoir l’air d’y toucher, des conversations officieuses très complètes : Léopold Ourson donnait, en titres de premier ordre, quatre millions à la jeune Irma.

Mme Nordement pensait que c’était une folie, un péché même, de manquer une occasion comme celle-là.

Une jeune fille est une jeune fille. Elle se fait toujours. Elle devient ce que son mari veut qu’elle soit. On oubliait volontairement Mme Ourson, dont le simple aspect rabattait sérieusement l’optimisme de ceux qui escomptaient pour son rejeton une mise en valeur possible.