Mais l’indignation révoltée du peintre ne se manifestait pas.

Il posa à son cousin mille questions sur la fortune des parents de la jeune Irma.

— D’ailleurs, ajouta-t-il, ton père a certainement pris des renseignements. Le père Nordement ne s’embarque pas sans biscuit. Je ne t’apprendrai rien en te disant que c’est un homme des plus forts que je connaisse. Quant à la maman, c’est une femme de tête et qui sait bien ce qu’elle veut. Chaque fois que j’ai une petite affaire en vue, un placement de fonds, quelque bout de terrain à vendre dans mon pays là-bas, je suis allé demander des conseils à ton père, et je les ai toujours suivis aveuglément.

Robert parla de la fadeur incurable de Mlle Ourson.

— Oh ! elle se fera, dit Isidore… Une personne jeune, avec tout ce qu’il faut pour s’acheter de jolies toilettes…

Robert était un peu chancelant dans sa rébellion. Mais Isidore diminua l’autorité de sa parole, en se proposant trop vite pour la décoration d’une splendide villa, que Robert ne manquerait pas d’édifier, aussitôt son mariage accompli.

— Le terrain est là, dit-il, à trois quarts de lieue sur la côte. On peindrait sur les murs intérieurs des paysages marins…

Tandis qu’il décrivait, avec d’amples gestes, cette magnifique demeure, Robert se demandait s’il lui serait possible de quitter, le soir même, Saint-Jacut, Isidore et Julie. L’omelette au lard ne lui avait pas paru d’une fraîcheur absolue, et le vrai cidre commençait à lui donner d’authentiques crampes d’estomac.

Il pensait que la soirée serait insoutenable entre l’ancien modèle et ce peintre, si superficiellement indépendant.

Alors il inventa une histoire de rendez-vous à Dinard. Il irait, dit-il à Isidore, passer un jour ou deux là-bas, puis reviendrait ensuite à Saint-Jacut, où il pourrait séjourner quelque temps.