Mais les étonnements de Robert n’étaient pas finis encore…

— Un jour, continuait Esteban, Concepcion m’a donné de l’argent…

Et, ce disant, jamais le visage du petit Orega n’eut un tel air d’innocence…

— Par cent et deux cents francs, elle m’a déjà donné près de deux mille francs. Je les ai mis de côté. Je voudrais faire jouer pour moi au baccara, car je vois bien qu’à la boule il n’y a pas moyen de gagner. Quand j’aurai une belle somme, je raconterai à papa que je l’ai économisée depuis cinq ans, et je m’achèterai un side-car…

— Mais, dit Robert, comment vous donne-t-elle tout cet argent ? Est-ce que vous lui en demandez ?

— Jamais, dit Esteban. C’est elle qui en a eu l’idée pour la première fois. Et, je vous dirai que maintenant, quand j’ai envie qu’elle m’en donne, je ne lui en demande pas. Mais je sais bien prendre un air ennuyé jusqu’à ce qu’elle aille en chercher dans son armoire…

— Oui, oui… fit Robert.

— Alors, ces derniers temps, comme il ne lui en restait plus, elle s’est arrangée avec sa miss pour faire vendre des bijoux, qui sont d’ailleurs à elle. Elle a vendu la semaine dernière ses boucles d’oreilles, et elle a dit à son papa qu’elle les avait perdues. Elle vient encore de recommencer avec sa broche.

— Ah ! très bien !… fit Robert.

— Mais je crois, dit Esteban avec un bon et franc petit rire, qu’elle fera bien de ne pas recommencer, car j’ai idée que ça ne prendrait plus…