La confession était terminée, et le confesseur était assez embarrassé pour trouver les termes du commentaire sévère qu’il aurait fallu. Pourtant, la matière à discours ne manquait pas. Avec ce phénomène comme Esteban, pour un éducateur d’âme, il y avait, comme on dit, de quoi faire.
Heureusement pour Robert, qui ne voyait pas tout de suite la forme de son homélie, M. et Mme Orega rentraient de leur promenade. Ils étaient assez calmes l’un et l’autre : ils venaient de se promener en compagnie d’autres personnes, à qui il était décent d’offrir l’image d’un ménage parfaitement uni. Il arriva qu’ils s’étaient laissé prendre eux-mêmes à cette comédie. Leur hostilité était momentanément calmée. Elle ne se rallumerait qu’après quelques instants de tête à tête ou devant des êtres inexistants, tels que leur fils et son précepteur.
Ce soir-là, d’ailleurs, M. Orega avait d’autres préoccupations. Ils venaient de recevoir une dépêche d’amis à eux, qui leur proposaient de venir les rejoindre au Havre. Ils se préparaient donc à quitter Dinard le lendemain, car ces braves nomades n’avaient jamais de fortes attaches avec les lieux où ils séjournaient, au cours de leur vie de perpétuelle villégiature.
M. Orega demanda à Robert de partir le soir même pour Caen, où ils avaient projeté de s’arrêter un jour ou deux. Le jeune Nordement devait faire l’office de fourrier, se rendre compte de ce qu’il y avait de plus confortable dans les hôtels, et en référer par téléphone à M. Orega, qui n’attendait que ce signal pour quitter Dinard en auto.
Robert arriva le lendemain matin vers dix heures dans la ville normande, grâce à une savante combinaison de trains, que l’on finissait par découvrir en compulsant trois ou quatre pages de l’indicateur, après s’être reporté à des notes à peu près introuvables, où vous renvoyaient d’invisibles minuscules, que distinguaient à la loupe quelques rares initiés.
Pendant ses insomnies, entretenues par des changements de trains et de froids stationnements dans des gares abandonnées de Dieu et des hommes, Robert s’était appliqué à songer aux remontrances qu’il ferait au petit Orega, et en avait soigneusement ordonné le plan.
Une fois à Caen, il se fit conduire dans l’hôtel le plus en vue, où il trouva pour ses patrons un appartement suffisamment somptueux.
Toutefois, avant de le retenir définitivement, il demanda la communication avec Dinard, et se dit avec satisfaction qu’en attendant le moment de l’avoir obtenue, il aurait tout le loisir de savourer tranquillement son petit déjeuner du matin. Mais le dieu sournois du téléphone n’aime pas que l’on veuille pénétrer ses voies. Et Robert était à peine installé devant son chocolat, que le portier ouvrait la porte du restaurant, et annonçait que Dinard était à l’appareil.
— C’est M. Orega ? dit Robert dans la cabine.
— Oui, c’est moi.