— Nulle part, monsieur. Je n’ai pas fait votre affaire. J’estime que vous ne me devez plus rien.

— Ah ! je ne comprends pas cela de cette façon…

— C’est ma façon à moi de le comprendre… Vous réglerez, si vous le voulez bien, mes frais d’hôtel pour le temps que j’ai passé à votre service. Vous m’avez remis hier deux billets de cent francs pour mon voyage ici. Je prélèverai là-dessus les frais que j’ai eus, et, à la première occasion, je vous rembourserai le reste. Ou plutôt je vous le renverrai par la poste. Car il se peut bien que l’on ne se revoie pas tout de suite…

— Pourtant, monsieur Nordement, je ne puis admettre…

— Je l’admets parfaitement, monsieur… Au revoir, monsieur…

Et il raccrocha le récepteur. Il le décrocha ensuite pour dire : « Faites bien mes amitiés à Esteban… » Mais la communication était déjà interrompue avec Dinard. Et la voix de M. Orega était déjà remplacée par une voix campagnarde, qui, d’on ne savait où, demandait : « C’est la mairie de Bayeux ?… C’est la mairie de Bayeux ?… » et répétait cette phrase éperdue dix fois, quinze fois, dans un silence inexorable…

V

Tout compte vérifié, avec le peu d’argent qui lui restait au moment où il avait été engagé par M. Orega, Robert se trouvait avoir sur lui un peu plus de trois cents francs. Il n’y avait pas là de quoi tranquilliser un homme prévoyant.

Mais il s’était passé en lui, depuis quelques jours, un phénomène assez curieux.

Le fait de s’être détaché de sa famille avait déjà eu ce précieux avantage de le débarrasser d’une partie de la prévoyance un peu lourde qu’il avait acquise au foyer paternel.