O surprise ! le pot à eau était neuf, la toilette ne boitait pas, et si les rideaux de reps se trouvaient à leur poste, c’est que tout de même, il ne faut pas demander à la Providence de supprimer l’inéluctable.

Ayant posé sa valise, pris connaissance de son prix de pension, et bien spécifié qu’il y aurait une petite diminution pour les repas pris à l’extérieur, à condition de prévenir un peu à l’avance, Robert prévint tout de suite le petit garçon qu’il ne déjeunerait pas à la pension ce jour-là.

Il faisait beau temps, et il avait formé le projet de prendre le petit chemin de fer Decauville, qui s’en va si gentiment, le long du canal, pour gagner Ouistreham et la côte.

Robert, installé dans une baladeuse du petit train, faisait ses calculs. Il avait, en somme, son gîte assuré pour un peu plus d’une semaine. Il pouvait donc se donner vacance, par ce beau jour de septembre, et aller se promener au bord de la mer. A partir d’Ouistreham, où il était sur le point d’arriver, le petit train cesse d’être un train d’eau douce pour devenir un chemin de fer maritime le long de la côte, où il dessert Riva Bella, Hermanville, Lion-sur-Mer… Robert s’était dit : « J’irai le plus loin possible. » Mais le train fit à Ouistreham une station si prolongée, et si injustifiée en apparence, que le jeune homme, en appétit, décida de s’arrêter dans un petit restaurant tout blanc qu’il apercevait sur le port.

Station excessive du Decauville, désir de déjeuner, telles furent du moins les raisons qui apparurent à son faible entendement humain. Comment aurait-il pu savoir qu’à la terrasse de ce petit restaurant, le Destin, organisateur méthodique, avait installé un individu modestement vêtu, de quarante-cinq ans environ, qui — petit détail — « tenait » une assez forte cuite et qui, tout simplement, aiguilleur inconscient au service de puissances inconnues, était chargé de diriger le fils Nordement sur sa voie véritable ?

Robert était donc assis à cette terrasse, et avait commandé son déjeuner. En attendant, il avait accepté, par désœuvrement, l’apéro que lui proposait le garçon.

Il se trouvait à deux mètres de l’envoyé du sort, qui entra en matière de la façon la plus simple :

— Bonjour, monsieur, dit-il à Robert, en le regardant avec des yeux un peu mouillés.

— Bonjour, dit Robert avec courtoisie.

— Vous voyez un homme qui a quitté sa place, monsieur.