— Ne me dites rien…

— Ne me dites pas non, au moins ?

— Ne me dites rien !

C’est tout ce qu’il put tirer d’elle. Il fit semblant de s’en contenter. D’ailleurs pourquoi s’entêter, jeune homme qu’il était, à lui demander une promesse explicite ? Comme si le consentement tacite ne devait pas arriver à son heure ! Il eût été donné dix minutes auparavant, si Robert avait été plus entreprenant, et s’il avait mieux su ce qu’il voulait… Peut-être, à ce moment, dans l’obscurité, Fabienne avait-elle eu l’impression qu’elle était sur le point de céder. Mais cela, elle l’avait oublié déjà. Heureusement pour Robert, elle attribuait sa résistance non à la faible insistance du jeune homme, mais à sa propre énergie.

Le moment était venu de se séparer. Il lui donna avant de s’en aller un long baiser, qui fut infiniment plus agréable que celui d’avant, parce qu’ils étaient en pleine lumière, parce qu’Ernest Gaudron n’allait pas tarder à rentrer, et parce qu’ils avaient ainsi la sécurité de penser que cela n’irait pas plus loin.

Robert, en regagnant sa chambre solitaire, pensait que cela était mieux ainsi, qu’ils s’aimaient trop profondément, trop religieusement pour que leur première union fût hâtive et furtive. Il se félicita de sa sagesse, et ne pensa plus à lui donner le nom de timidité.

Quelques instants après, ils s’endormaient, chacun de son côté, plus épris que jamais l’un de l’autre parce qu’ils étaient arrivés à être contents d’eux-mêmes.

Ils n’entendirent pas dans leur premier sommeil l’auto qui ramenait M. Gaudron. Ernest alla se coucher tout doucement pour ne pas réveiller Fabienne, qui reposait dans le chambre voisine. Il s’endormit, lui aussi, avec satisfaction, parce qu’il s’était bien défendu ce soir-là au baccara, et sans se douter du sursis dont il venait de bénéficier.


Rencontrer Fabienne à l’hôtel ? C’était plein de difficultés.