Fabienne, qui faisait de grands progrès dans la tolérance conjugale, n’éleva aucune objection.

Ernest Gaudron sentit monter en lui un grand contentement… Mais il ne voulut pas avoir l’air de s’en aller trop vite…

— Je vais encore télégraphier dans le midi… Si ma présence n’est pas nécessaire…

— Oh ! elle sera nécessaire ! ne put s’empêcher de dire Fabienne en souriant.

Il ne voulut pas remarquer ce sourire ironique, car c’eût été ouvrir une discussion…

— S’il faut que je m’en aille, dit-il, je vous laisserai la limousine, et je ferai la route en torpedo… A moins que… pour éviter une route si longue… je ne me fasse conduire à Orléans pour prendre le rapide, en laissant le chauffeur continuer tout seul jusqu’à Biarritz. Car j’aurai besoin de la voiture là-bas.

On sembla trouver toutes ces dispositions fort raisonnables.

La tante, Mme Barnèche, était repartie vers une autre fraction de la famille, complètement rassurée sur les intentions de Robert. Il avait endormi son inquiétude par de constantes flatteries ; mais, tout de même, il était temps qu’elle s’en allât, car ces flatteries inlassables commençaient à se lasser.

Ernest s’apprêtait donc à partir avec la torpedo. Or, il se trouva que cette voiture eut un avaro la veille du départ. Elle serait peut-être réparée à temps. Mais Ernest, que des affaires de plus en plus urgentes attendaient à Biarritz, ne voulut point rester dans l’incertitude. Il proposa à Fabienne de l’accompagner en limousine jusqu’à Orléans, où il prendrait, comme convenu, le rapide de Bordeaux. Naturellement, on emmènerait Robert, qui pouvait bien laisser la maison pendant un jour ou deux.

— C’est entendu comme cela, dit Ernest, sans même attendre l’acquiescement de sa femme. Je vais téléphoner encore à la gare des Aubrais pour m’assurer que ma place a été retenue dans le rapide du soir… Même, ajouta-t-il en se levant de table, je vais téléphoner du bureau, parce que d’ici je n’ai pas facilement les communications interurbaines.