Il se sauva, avec la légèreté d’un écolier en vacances. Robert et Fabienne passèrent dans le boudoir et s’embrassèrent tendrement. Ils sentaient qu’il valait mieux ne rien se dire, et qu’une fois de plus ils étaient mieux d’accord en ne parlant pas.

Ernest prenait le lendemain le rapide qui passe vers onze heures du soir aux Aubrais. La limousine était forte et donnait une grosse moyenne sur la route. Mais il valait mieux s’assurer contre l’imprévu, s’en aller de Caen vers dix heures du matin pour déjeuner tranquillement en cours de route. Ils arriveraient à Orléans dans l’après-midi, dîneraient à l’hôtel. On conduirait Ernest au train des Aubrais. Puis Robert et Fabienne repartiraient pour Caen le lendemain matin, après avoir passé la nuit à l’hôtel, où ils retiendraient des chambres en arrivant.

Le voyage en auto fut des plus agréables. Ernest, qui aimait le grand air, avait pris place à côté du chauffeur. Fabienne et Robert, la main dans la main sous la couverture de fourrure, étaient tendrement installés dans le fond.

Cette expédition amoureuse, presque sous la tutelle du mari, plaisait à leurs douces âmes bourgeoises, qui avaient horreur de ce qui était scandaleux. Leurs amours adultères arrivaient tout gentiment à leur couronnement, sans éclat, sans tumulte, sans bouleverser la vie de personne…

Ernest, tout à la joie de partir, les fit dîner au champagne. On prolongea le repas le plus longtemps possible. Ils avaient tous, pour des raisons différentes, l’impression que jusqu’à l’heure du train la soirée serait longue à tirer. Ernest devait revivre ces heures d’impatience du permissionnaire qui a son titre dans sa poche, et attend dans la cour du quartier l’heure de filer vers la gare, avec la crainte de récolter quelque chose d’inattendu qui flanque par terre tous ses projets.

A neuf heures et demie, il tira sa montre…

— Nous avons le temps. Mais il faudrait tout de même y aller, les enfants.

— C’est à cinq minutes en auto, dit Robert.

— Je sais. Mais on peut avoir une panne. Et s’il vient à pleuvoir, ça serait ennuyeux de continuer la route à pied.

Ils traînèrent le plus qu’ils purent. Ils n’en arrivèrent pas moins à la gare des Aubrais une bonne heure avant le passage du train.