— Vous feriez bien de vous en aller tout de suite et ne pas vous geler sur ce quai en attendant le départ.
— Non, non, dit vivement Robert qui tenait à voir partir Ernest, de ses propres yeux.
Ils examinèrent une à une toutes les affiches de publicité, sans grand profit pour l’annoncier, car ils n’avaient aucune intention d’acheter les produits recommandés. Ils tarirent tout le stock des distributeurs automatiques de chocolat et de bonbons au miel. Puis, les deux messieurs, l’un après l’autre, s’éloignèrent discrètement, mais surtout par désœuvrement, vers le « côté des hommes ».
Les ressources de la gare semblaient épuisées, quand ils s’aperçurent que le buffet était encore ouvert… Mais il ne les aida à tuer qu’une dizaine de minutes, au prix de bien inutiles grenadines à l’eau de seltz.
Enfin une légère animation se manifesta sur les quais. Des hommes d’équipe fantômes apparurent avec des camionnettes, en même temps que les ombres de deux ou trois voyageurs.
Robert avait frémi l’instant d’avant, en voyant sur l’ardoise que le 126 avait 58 minutes de retard. Mais il s’agissait d’un train omnibus, qui venait de Blois.
Une cloche traînante se fit entendre. On regarda dans la direction de Paris. Parmi les lumières de la voie, une lumière parut bouger, passer devant d’autres lumières. Puis elle grandit, grandit. Ernest et Fabienne se dirent adieu, au moyen de deux baisers sur la joue, qui faisaient un gros bruit tout familial.
Une masse noire immense glissa presque silencieusement le long du quai. Un rien de lueur s’exhalait des longs wagons déjà endormis.
Deux ou trois employés étaient descendus sur le quai. L’un d’eux, consulté par Ernest, déchiffra péniblement le bout de papier que le chef de gare des Aubrais avait déjà délivré au voyageur.
— Wagon 3, couchette 4, venez par ici…