— Ne prends pas mon blâme, s’il ne te fait pas plaisir. Mais je n’ai pas aujourd’hui d’éloges à ta disposition.

Il s’est dirigé vers la porte, et profite de son éloignement pour remplacer la poignée de main par un geste amical de doigts agités.

Marcel ne sait toujours pas où sont ses onze mille francs. Ils ne sont pas chez M. Pecq-Vizard. C’est toujours un point acquis.

Et puis, il a quelqu’un à détester : ce qui le soulage un peu.

Mais, ce qui l’ennuie, c’est de se dire que M. Pecq-Vizard a peut-être raison, et qu’une saine morale sort de la bouche de cet être médiocre et sans moralité profonde.

Il y a des moments où Marcel se justifie très bien de jouer au poker. Il prétend même qu’il n’est pas joueur, ce qui fait sourire ses camarades.

Il affirme qu’il ne joue pas par vice, mais par une sorte de vanité, un besoin de dominer les autres, de lutter victorieusement, à une table de poker où il a son indépendance, sa responsabilité, où il cesse d’être le petit employé de rien du tout qu’il est chez son père.

Mais, aujourd’hui, talonné par le besoin d’argent, il n’a plus le loisir de raisonner, et surtout de soutenir ce raisonnement dont il n’est pas sûr. Joue-t-il par vice ou par vanité ? Il sait que le vice sait très bien se travestir.

Il a, en tout cas, un furieux désir de rejouer le soir même — pour essayer de se refaire — pour ne pas casser la partie de ses amis qui comptent sur lui — pour ne pas rester sur sa mauvaise impression de perte — par envie de jouer, tout simplement, pour retrouver ces péripéties de vie en cadence accélérée que la vie ordinaire ne nous apporte que quand elle veut, mais que nous faisons naître à notre gré, en mélangeant des cartes.

Cependant, Gustave revient des bureaux. Il a pu joindre M. Langrevin, à qui il a proposé son affaire merveilleuse… Pour ramasser trois millions, il n’y avait qu’à se baisser. C’est la grande formule de Gustave. Quelqu’un qui l’aurait écouté aurait passé son existence à se baisser fructueusement, et aurait attrapé des courbatures à force de ramasser des milliards.