Des diplômes encadrés rappelaient les succès de M. Langrevin dans des expositions européennes, et même dans des manifestations de propagande de par delà l’Atlantique.

Le balai mécanique ronflait autour d’un grand bureau, représentant isolé du style Empire. A l’autre bout de cette grande pièce, une table de faux Boulle faisait également bureau. C’était là que prenait place Marcel Langrevin, le fils du patron.

Pour l’instant, la grande maison semblait vide. Le laboureur Émile suivait comme des sillons les lés du tapis. Il sifflotait, la conscience calme, comme un bon travailleur matinal.

Un homme grisonnant, de belle taille, parut à la porte d’entrée. Il était déjà en longue blouse blanche et en casquette, c’est-à-dire en uniforme pratique de concierge que les nécessités du service obligent à prêter la main aux hommes de peine, à l’occasion.

— Monsieur le portier de la librairie, dit Émile, qu’est-ce qui nous vaut l’honneur de votre visite ?

— Sais-tu, dit le concierge, si on va fermer le jour de l’Ascension ?

— Ah ! mon vieux, il faudrait que tu demandes ça à M. Langrevin. Moi, ici, j’ai de l’influence sur le balai électrique et sur les plumeaux. Mais c’est pas dans mes attributions de commander si on ferme ou pas la librairie. Ces petites décisions de rien du tout, j’ai pas le temps de m’en mêler. Je laisse ça au papa Langrevin.

— Toutes les maisons d’édition ferment pour l’Ascension…

— C’est possible, mais le patron s’occupe pas de savoir ce que font les autres. Il fait d’abord comme il veut et ensuite à sa tête.

— Faut pas se plaindre de lui, dit le concierge. Il n’est pas mauvais pour le personnel…