— Voilà comme on dénature les faits ! Je fais les écritures ! Il s’agit d’un brave homme qui n’a pas d’instruction. Il m’a demandé, ou plutôt c’est moi qui lui ai proposé de mettre au net sa situation…
— Et dis à ta tante ce que tu gagnes à ça !
— Je ne peux vraiment pas demander d’argent à cet homme. S’il voulait vraiment me payer les services que je lui rends, la somme serait trop forte pour lui, ou bien il me remettrait une rémunération trop infime, que je ne pourrais accepter.
— Monsieur le duc de Montmorency.
— Cet horloger m’a fait un don plus précieux que s’il m’avait remis des espèces. Un client lui avait laissé cela… (Il tire de sa poche une montre qu’il fait voir à tante Claire.)
— Une montre d’argent ! dit Mathilde.
— Une montre d’argent qui est tout bonnement un chronomètre de précision pourvu du certificat A de l’Observatoire de Genève. Voilà ce que tu appelles une montre d’argent. Vous voyez, tante ? Il y a deux aiguilles pour les secondes, une qui peut marcher continuellement, et une autre que l’on appelle la dédoublante ou la rattrapante. On l’arrête pour noter le temps en secondes et en cinquièmes de secondes. Ensuite, on presse à nouveau sur ce petit truc, et elle repart, rejoint l’autre et continue sa route avec elle. Avec un instrument comme celui-là, vous calculez la vitesse d’une auto par heure, à cent mètres près.
— C’est, dit Mathilde, de la première utilité pour monsieur, qui a besoin de se rendre compte de la vitesse de son auto.
— C’est entendu, je n’ai pas d’auto pour le moment…
— Pour le moment ! Il est magnifique !