— Enfin, à midi, les billets n’avaient pas été présentés. J’ai fait le guet dans la cour. Si l’encaisseur était venu, j’aurais pris la fiche, et je serais allé à la banque pour tâcher d’avoir du temps. Comme c’est aujourd’hui le 5 et que ce n’est pas une grosse échéance, je me dis que si les billets étaient vraiment en circulation, ils auraient été présentés ce matin…

— Mon pauvre ami, ce n’est pas une raison, dit Gustave, qui se retrouve sur un terrain où il ne manque pas d’une certaine compétence. Il peut faire présenter les billets par n’importe qui, un copain à lui, demain, après-demain et peut-être cet après-midi.

— Enfin, crois-tu qu’il soit possible qu’on les présente aujourd’hui ?

— J’espère que non…

— Tu espères, tu espères ! Tu es agaçant !

— Oui, j’espère. Sans cela, tu me verrais aussi ennuyé que toi. Tu sais qu’il a voulu que j’endosse les traites. Mon nom est donc aussi sur le papier. Alors, si ça tombe entre les mains de ton père, il sera encore plus furieux contre moi que contre toi… Qu’est-ce que c’est ?

— Monsieur, dit la bonne, je rentrais de conduire M. Léon. Y avait chez le concierge un monsieur en train de demander après Monsieur. J’ai passé sans que l’on me voie et j’ai fait semblant de ne pas entendre. Je ne savais pas si Monsieur était chez lui ou non pour ce monsieur…

— C’est peut-être notre individu qui est revenu de voyage, dit Marcel. Un monsieur tout rasé ?

— Non, un vieux monsieur avec de la barbe.

Ils hochèrent la tête du même geste. Ils devinaient qui c’était.