Tout de même il y pensait maintenant avec une certaine satisfaction. Il connaissait assez les affaires pour savoir que M. Langrevin n’avait aucun recours ni contre l’usurier ni contre lui-même. Mais on ne peut tout de même ennuyer les gens… M. Langrevin ferait le silence sur cette affaire.
— Que je ne te revoie plus ! dit M. Langrevin en sortant. C’est ce qui pourra t’arriver de mieux !
Gustave ne se dit pas : « C’est un bienfaiteur que je perds. » Il s’imaginait toujours, quand M. Langrevin lui donnait cinquante francs, que c’était la dernière fois, et que, dès la semaine suivante, ses moyens lui permettraient de n’avoir plus besoin de personne…
Resté seul, il jugea sévèrement l’éditeur. C’était un parvenu que le hasard avait favorisé. Le jour où la justice arriverait enfin sur la terre, et où les mérites de Gustave l’amèneraient sur le pavois tant attendu, il parlerait à son tour à cet homme médiocre.
Mathilde rentrait. Elle avait croisé dans l’escalier un monsieur qui avait semblé ne pas la voir et en qui elle avait cru, elle, reconnaître M. Langrevin.
— C’était lui, fit négligemment Gustave.
— C’est à peine s’il m’a fait bonjour de la tête. Je veux bien qu’il ne m’ait pas reconnue. Quand on croise une femme dans un escalier, on peut bien risquer un rhume en retirant son chapeau.
— Tais-toi, dit Gustave. Tu n’as pas besoin de faire attention au coup de chapeau d’un individu pareil. Tu vaux mieux dans ton petit doigt que lui dans toute sa personne.
— Qu’est-ce que vous avez eu ensemble ?
— Rien ! rien ! ce sont ses théories que je n’admets pas…