— Et Monsieur est serré pour le pognon. Ce pauvre jeune homme, il me doit au moins mille francs de pourboires qu’il m’a promis depuis deux ans…

— A moi aussi. Oh ! c’est pas que j’y compte pour la semaine prochaine, mais c’est de l’argent que l’on reverra toujours.

— Et nous pouvons nous dire aussi qu’il est plus généreux comme ça, tant qu’il s’agit d’en promettre et qu’il n’y a pas tout de suite à raquer.

— … Ferme un peu, monsieur Cognard, le voilà qui s’amène.

Pour détourner les jeunes gens de l’enfer du jeu, il vaut mieux ne pas leur montrer un joueur qui regagne son logis après une nuit passée au poker ou au baccara. L’excitation de la partie, puis le grand air, lui donnent une animation, une mine de bonne santé, de nature à faire croire qu’il n’y a pas dans la vie d’occupation plus hygiénique.

Attendons, pour exhiber une image édifiante, de prendre ledit joueur après son déjeuner de midi, quand le manque de sommeil commence à se faire sentir. Alors nous verrons un être torpide, éreinté, diminué, et dont l’exemple n’a rien d’engageant.

Pour Marcel Langrevin, qui venait de passer une série de nuits incomplètes, la fatale dépression ne devait pas attendre l’heure de midi pour se manifester. A peine assis derrière sa table-bureau, il parut très affaissé aux yeux d’Émile, le garçon. (Le concierge s’était retiré discrètement.)

Pourtant il eut la force de faire des recommandations hâtives, qui purent être proférées en un langage très abrégé, car Émile paraissait déjà au courant de la question.

Il s’agissait pour le garçon de se rendre au plus tôt dans la chambre de Marcel, et de donner au lit du jeune homme l’air fatigué que doit avoir une couche, après le réveil d’un jeune homme vertueux.

— Monsieur ne se repose pas ? demanda Émile.