— Il n’est pas question de ça. Mais je me demande si je vais pouvoir lui placer des actions. Je te laisse un instant, mon vieux.

— Va… va… Vous travaillez avec Marcel ? demande Jean à Gustave, après que le jeune homme est sorti.

— Oui, dit Gustave, il m’a proposé de lui donner un coup de main. Pour le moment, je ne lui suis pas d’une grande utilité. Seulement, comme il n’a pas encore de garçon de bureau et que, bien entendu, il ne voudrait pas me faire porter une livrée, nous avons trouvé une combinaison. Je vais vous expliquer…

Il sort et rentre peu après, rapportant de l’antichambre une casquette galonnée.

— Je pose cette casquette sur la table de la pièce d’entrée, comme si le garçon de bureau était en course. Je me promène dans le vestibule, non comme un employé, mais comme un ami de la maison qui attend que le patron soit libre… Je dis aux visiteurs que le garçon est sorti et que, pour ne pas les faire attendre, je vais les annoncer à mon ami Marcel… N’est-ce pas, à cinquante-trois ans, en attendant un emploi plus conforme à mes aptitudes, il aurait été un peu dur de coiffer une casquette galonnée pour la première fois de sa vie ?

Ce disant, il avait mis timidement la casquette sur sa tête.

— Mais, dit Jean, ce n’est pas forcément une casquette de garçon de bureau. Ça vous donne un petit air militaire.

— Vraiment ? dit Gustave flatté. Je vous dirai que, comme tour de tête, elle est bien à ma mesure : c’est moi qui suis allé l’acheter. (Par hasard sans doute, il s’est dirigé du côté de la glace.)

— Elle vous va bien, dit Jean.

— Vous trouvez ?