— … C’est donc pour ça que tu ne voulais pas venir déjeuner au restaurant ?
— Peut-être ! Pourtant, j’avais peu de chances d’y trouver mon père. Il dîne presque tous les soirs chez ma sœur et M. Tury-Bargès.
— Qu’est-ce qu’il devient, ce magistrat ?
— Je ne veux pas le savoir. Il continue à grimper. Je crois qu’il va encore être nommé quelque chose ces jours-ci. Qu’est-ce qu’il fera quand il sera au haut de l’échelle, et qu’il n’y aura plus d’échelons !
— Mais toi, tu es aussi un ambitieux.
— Pas la même chose… Lui, c’est un grimpeur triste. Il regarde avec une jalousie torturante ceux qu’il voit encore au-dessus de lui. Moi, je ne regarde pas les autres. Je ne joue plus, comme jadis au poker, pour triompher, mais pour gagner. Je m’occupe de mon affaire à moi, et ne perds pas mon temps à détester mon prochain. Je ne déteste personne, pas même mon beau-frère. Il me dégoûte, voilà tout.
Ils en étaient là de leur entretien, quand Gustave entra, non comme un visiteur nouveau, mais comme quelqu’un de la maison, qui se trouvait déjà dans l’appartement.
— Marcel, c’est le propriétaire…
— Ah oui, c’est mon proprio. Il y a une petite chose pas régulière dans le bail, et il voudrait bien en profiter pour m’augmenter.
— Et tu vas te laisser faire ? dit Jean.