— Il a vingt et un ans. Il avait préparé Centrale. Mais il a dû y renoncer…
— Raison de santé ?
— Non… L’examen d’entrée… Il s’est présenté deux fois. Et il se trouve — c’est une loterie — que les questions qu’on lui a posées étaient précisément dans une partie du programme qu’il avait moins approfondie… Maintenant, a-t-il la bosse des sciences ? Nous l’avons mis dans une maison de commerce à Nancy.
— Et il réussit un peu ?
— On ne peut pas encore dire. Moi, n’est-ce pas ? j’ai toujours eu de grandes aptitudes pour les affaires. Et si j’avais eu… le nerf de la guerre !… Edmond, en tout cas, est très doué, mais nous ne savons pas encore pour quoi… Quelquefois ça se déclare très tard. Mon grand-père maternel est resté jusqu’à soixante ans sans s’imaginer qu’il avait une vocation de peintre. Vers la soixantaine, il s’est mis à dessiner. Malheureusement, dès qu’il a commencé, — coïncidence — il est devenu presque aveugle.
— Croyez-vous que Marcel en ait pour longtemps ? demande Jean en regardant sa montre…
— Vous avez une assez belle montre, mais ça ne vaut pas mon chrono…
— Votre chrono ?
— Certificat A de l’observatoire de Genève.
Jean s’incline, à tout hasard, poliment.