Nous pensions que Robardet accepterait la proposition, non pas qu’il eût affiché un goût spécial pour l’automobile, mais parce qu’il détestait le chemin de fer et particulièrement cette formalité qui consistait à échanger un ou deux louis d’or contre cet exigu morceau de carton que délivrent les préposés.
Guillaume partit donc pour Paris. Il retrouva là-bas Robardet, et tous deux prirent rendez-vous au garage, pour se mettre en route à neuf heures du matin.
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La voiture était encore chez le carrossier; on l’avait promise pour le matin à sept heures. A neuf heures précises, Robardet arriva au garage, accompagné d’une malle considérable et embusqué derrière des lunettes noires, grosses comme des lanternes. Guillaume vint cinq minutes après. La voiture n’était pas encore revenue de chez le carrossier, mais elle était en route... elle arrivait sur le camion... elle serait là dans cinq minutes, dit le directeur du garage. Il tira sa montre, pour donner quelque valeur à ses pronostics, purement arbitraires d’ailleurs...
La voiture arriva deux heures et demie plus tard. Pendant qu’on la déchargeait avec beaucoup de précautions, Robardet dit à Guillaume:
—Vous feriez bien de manger un morceau, puisqu’il est l’heure de déjeuner...
Il ne dit pas: «Nous ferions bien», il a le sentiment des nuances.
Et il a aussi des principes: il ne faut jamais inviter à déjeuner l’ami qui vous a à son bord. On a l’air de ne pas vouloir rester son obligé... C’est presque indélicat.
Ils allèrent dans un restaurant des Champs-Elysées. Robardet évita de prendre la carte en main et de commander le menu, mais il donna des conseils.
Après le déjeuner, les deux amis se rendirent en hâte au garage, où l’imposante cinquante-chevaux à six places, toute neuve, semblait les attendre pour partir... Mais en s’approchant ils virent qu’elle n’avait que trois roues et reposait en partie sur un cric, ce qui ne laissa pas de les inquiéter, d’autant que le garage était absolument désert et qu’on ne savait pas ce qu’était devenu le mécanicien.