Le docteur appuya plus fort...

—Aucune sensibilité, déclara-t-il. Vous n’avez rien. Un léger froid... ou quelque gaz...

Argan se rhabilla et se releva. Il prit un air grave, un peu triste, pour ne pas montrer sa joie, au milieu du froid silence de ses compagnons...

UN INVITÉ
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On se demanda cette année-là, au château de Gerbeville, si l’on allait inviter Robardet. On avait invité à trois ou quatre reprises des gens devant lui, et il était bien difficile de ne rien lui dire... On décida de lui écrire un petit mot pas très engageant; on lui disait qu’on était installé du côté de Pont-l’Evêque, et que, s’il passait par là, il serait sûr de trouver de bons amis au château de Gerbeville... Et la lettre partie, on pensa qu’on n’avait peut-être pas été assez gentil, et qu’il allait regarder cette proposition comme une dérobade. Mais ces craintes furent dissipées et firent place d’ailleurs à d’autres craintes, au reçu d’une dépêche de Robardet disant qu’il arriverait le surlendemain pour quelques jours... («Quelques» est un adjectif terriblement indéfini!)

Justement mon cousin Guillaume, le châtelain de Gerbeville, partait pour Paris pour aller chercher une magnifique cinquante-chevaux avec laquelle nous nous proposions de faire mainte excursion dans le pays.

Guillaume est un garçon de très bonne humeur; il prit la défense de Robardet.

C’était, dit-il, un compagnon parfois un peu discoureur et un peu pédant, mais, en somme, il avait de bons côtés et n’était pas aussi envahissant que nous avions l’air de le croire...

S’il dit «quelques jours», c’est pour ne pas nous désobliger, mais il restera deux jours au plus.

Il écrivit sur-le-champ à Robardet qu’il allait à Paris, qu’il comptait revenir à Gerbeville en auto, et qu’il le ramènerait avec lui s’il le voulait bien.