Quelques minutes avant leur retour, Argan se réveilla....

—Ah! gémit-il, j’ai le cœur barbouillé... Et comme je regrette de n’avoir pas mangé de concombres. Au moins, je me dirais que c’est ça...

—Comment va votre ventre?

—... Peut-être mieux... répondit-il après une légère hésitation. La douleur s’est faite plus sourde... Mais je n’ose encore rien dire...

Je fus persuadé à ce moment qu’il n’avait rien du tout. Et je commençai à le regarder avec une certaine hostilité.

Le docteur était un homme à face rude, moustachu et grimaçant. Il descendit de l’auto avec autorité et se rendit droit au malade.

Argan ouvrit son pantalon, retroussa sa chemise et nous aperçûmes un ventre imposant, rebondi et tranquille... Mais il y a de ces ventres tranquilles qui recèlent les pires cataclysmes intérieurs...

Le docteur posa deux doigts entre le nombril et la hanche droite... Argan poussa un cri émouvant...

—Je vous ai fait mal? dit le docteur.

—Non, dit Argan un peu penaud; seulement, j’ai eu tellement peur que vous me fassiez mal à cet endroit-là que j’ai crié par angoisse.