—Écoutez, nous dit-il à demi-voix. Penchez-vous pour que je puisse vous parler tout doucement, sans faire aucun effort. Il faut aller me chercher un médecin dans la prochaine ville, et me le ramener ici...
—Ne serait-il pas plus simple de te transporter doucement dans l’auto?...
—Vous êtes fous!... Quand on a une crise d’appendicite, il faut garder l’immobilité absolue...
... L’un de vous va rester près de moi, ajouta-t-il en me désignant. Les autres vont chercher un docteur, et me le ramener.
—Je suis certain, m’écriai-je (sans en être certain) que vous n’avez pas l’appendicite... Mais je suppose que vous l’ayez, et qu’on vous opère; on ne vous opérera pas là, sur le chemin... Et d’ailleurs, je ne sais pas si l’on va trouver un médecin qui soit capable de vous opérer...
—Il sera en tout cas capable de m’examiner. Peut-être ma maladie n’est-elle pas l’appendicite, mais une typhlite, ou une attaque de choléra, ou une manifestation de cancer... Oh! mon Dieu! mon Dieu! dépêchez-vous. Nous perdons un temps précieux...
La voiture partit. Je restai seul avec Argan, toujours étendu au bord du fossé. Il geignait doucement...
—Si j’ai l’appendicite, dit-il d’une voix entrecoupée, on me... portera... jusqu’à la... prochaine ville... dans une civière... Il y a bien un hôpital... J’espère qu’on aura... le temps... de faire venir un chirurgien... de Paris...
Puis il ferma les yeux. J’étais un peu effrayé. Mais je m’aperçus, au bout d’un instant, qu’il dormait, avec une respiration bien régulière...
Le temps ne passait pas vite. J’ai su plus tard qu’ils avaient eu beaucoup de mal à ramener un docteur. Le médecin du petit bourg où ils s’arrêtèrent tout d’abord était en course dans la campagne, et il avait fallu lui donner la chasse. On le ramena de chez un laboureur qui souffrait d’une entorse, et dont il était en train de masser le pied.