Nous n’attachions pas d’importance à ces prédictions sinistres; mais il est agaçant tout de même, pendant que l’on mange, d’avoir en face de soi un conférencier qui analyse votre nourriture et commente votre façon de manger.

—Ah! que je suis content, ne cessait-il de répéter, en s’installant dans la voiture, ah! que je suis content de n’avoir pas mangé de vos terribles concombres et de votre sale cresson...

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—Voulez-vous dire au mécanicien d’arrêter pendant un instant?

J’étais placé sur le siège et je me retournai... Je vis notre ami Argan très pâle et très agité. Je priai immédiatement le mécanicien de stopper, ce qu’il fit d’assez mauvaise grâce, car la voiture allait remarquablement.

L’auto arrêtée, Argan descendit, puis, sans mot dire, il alla s’étendre sur l’herbe, de tout son long.

Nous descendîmes également, et nous l’entourâmes, assez effrayés.

—Qu’y a-t-il?

—Il y a... que j’ai l’appendicite!

Nous connaissions Argan, et ce n’était pas la première alerte qu’il soulevait dans notre petit groupe. Mais, quoi? cela pouvait être vrai. Et cette déclaration était d’autant plus impressionnante qu’il était assez pâle et avait les yeux un peu troubles.