—C’est peut-être fermé? dit quelqu’un, qui s’apprête déjà à prendre un air désespéré.
Il faut tout de même frapper à la lourde porte de chêne. Je frappe doucement, puis, comme je vois qu’il ne vient personne, je cogne avec énergie... Ciel! j’entends des pas!
La porte s’ouvre. Apparaît un très vieux concierge, dans un très mauvais état de conservation.
—Est-ce que le musée est fermé?
—Il est ouvert, nous répond-il dans un dernier souffle de vie.
Tout le monde entre en silence... C’est étrange!... Ce monument, de l’extérieur, paraissait être de dimensions assez restreintes, et les salles qu’il renferme sont immenses et nombreuses. Le vieillard va-t-il nous accompagner et nous décrire ces curiosités? Non... Il rentre dans sa cage et nous laisse circuler autour des vitrines.
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Tout cela doit être très intéressant. Mais il y a trop de choses. Il faudrait avoir quarante-huit heures devant soi et s’arrêter longuement auprès de chaque objet. Du moment qu’on n’a à sa disposition qu’un petit laps ridiculement court, toute station un peu prolongée devant une assiette ou une soupière ancienne constituerait une préférence injuste... Et puis, les tableaux nous attendent... Il faut presser le pas.
Je ne connais pas de piste qui augmente autant l’allure ordinaire de certaines personnes que le sol bien ciré des musées. Il y a des jeunes femmes languissantes qui trouvent toujours que l’on marche un peu vite dans la rue et qui, dans un musée, vous essoufflent et vous lâchent au train. Si l’on s’arrête une seconde devant un tableau ou une vitrine, on ne les retrouve plus à côté de soi. Elles ont franchi deux ou trois salles à une vitesse de circuit.
Seulement l’allure rapide que leur imprime le voisinage des curiosités ne va pas sans les fatiguer très promptement.