La voiture était venue me chercher à cinq heures du matin. J’attendais, depuis un quart d’heure déjà, à la porte de chez moi, avec mon casque de route, mes lunettes menaçantes, et une forte valise. Puis, nous étions allés prendre Frédéric, qui portait une espèce de suroit et un masque. Il installa à côté de mon bagage un sac de voyage, et nous partîmes chez Gédéon, qui, lui, n’était pas devant sa porte. Nous dûmes éveiller son concierge, qui l’appela au téléphone... Et dire qu’il avait absolument insisté la veille pour qu’on avançât l’heure du départ! Il nous retardait froidement de vingt minutes. Naturellement une fois descendu ce fut lui qui nous attrapa, et de quelle façon! Il était prêt depuis très longtemps. Il nous avait d’abord attendus à la fenêtre, et, de guerre lasse, était rentré s’asseoir dans sa chambre. Il pensait que le mécanicien cornerait. Mais le mécanicien n’avait pas corné...

—Comment! il a corné plus de dix fois!

—Alors, c’est que vous avez une trompe qui ne s’entend pas.

Vous pensez bien qu’il n’arrêtait pas de mentir. Il était resté couché tout simplement une heure de plus que nous, en se disant qu’il serait toujours temps de se lever quand il nous entendrait. Il valait mieux le laisser dire... Mais, comme il s’installait à côté du chauffeur, nous remarquâmes qu’il n’avait pas de sac de voyage.

—Eh bien, et ton sac? Tu l’as laissé en haut?

Mais il haussa les épaules.

—Je n’ai pas besoin de tous ces embarras. J’ai tout ce qu’il faut sur moi... Vous ne savez pas voyager... Passe-moi plutôt une cigarette...

—Tu ne vas pas fumer en phaéton? Tu nous enverras du feu dans les yeux.

—Ne t’occupe pas de ça.

—Comment? Que je ne m’occupe pas de ça.