Ce fut un voyage charmant pour le mécanicien et sa jeune compagne. Ils avaient à l’œil une bonne voiture. Ils étaient bien logés et confortablement nourris. Ils avaient fini par ne plus faire attention aux deux véritables colis que renfermait le fond de la limousine.

Ils parcoururent les bords de la Loire, puis le Plateau Central, puis le Dauphiné, puis la Savoie, passèrent en Piémont, en Lombardie, en Vénétie. Le mécanicien se contentait, à l’arrivée dans chaque ville, de dire à ses maîtres: «Nous voici à Turin, ou à Milan, ou à Venise...» Il allait toujours dans le meilleur hôtel; mais, très gentiment, prenait toujours pour Monsieur et Madame la meilleure chambre. Il mangeait à une petite table à part avec sa petite amie. Le dîner fini, il allait trouver Monsieur et Madame et leur disait, s’il avait envie de se reposer: «On ne voyage pas demain, n’est-ce pas, Monsieur et Madame?» Et Monsieur répondait, dans ce cas: «Non, pas demain.»

C’est le mécanicien également qui fixait les heures de départ. Il s’était rendu compte au bout de très peu de temps de la barbarie qu’il y avait à faire lever de trop grand matin ces personnes âgées. Aussi partait-on vers dix heures, tranquillement, et faisait-on de courtes étapes.

La voiture se comportait bien. Elle absorbait de l’essence à sa suffisance. De temps en temps on procédait à une petite réparation pas trop onéreuse.

On revint à Paris par le Midi de la France, en passant par un village du Languedoc, où la petite amie du mécanicien avait sa vieille grand’mère.

L’hiver fut moins agréable. Le mécanicien n’aimait pas le travail de ville. Aussi expliqua-t-il à Monsieur et à Madame que la voiture «fatiguait» beaucoup dans le service de Paris. Il leur enseigna une excellente occasion, un coupé à deux chevaux qui fut employé pour la plupart des courses. La limousine sortait de temps en temps, tous les cinq à six jours, pour ne pas en perdre l’habitude.

Il arriva que, pendant cet hiver, le mécanicien se brouilla avec sa petite amie. Mais, aux approches du printemps, il fit la connaissance d’une autre demoiselle. Il annonça donc à ses patrons qu’il avait divorcé et s’était remarié. Puis il proposa une longue excursion d’été en Belgique, en Hollande et sur les bords du Rhin, car sa nouvelle amie était blonde, elle aimait la rêverie et les paysages allemands.

UN CHEVAL FASHIONABLE
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Il fallait vraiment que Mᵐᵉ Hofer, la cantinière qui gagna un million, habitât dans une de ces citadelles de l’hippisme qu’est forcément un quartier de cavalerie, pour faire à un de nos confrères cette déclaration énorme «qu’elle ne comptait pas acheter d’automobile».

Conçoit-on cela? Une gagnante de gros lot qui n’achète pas d’automobile?