Elle se força à répéter sa question et dit encore : Pourquoi ce nom ? Car elle ne pouvait pas battre en retraite ainsi, sans avoir de réponse.

Daniel répondit :

— Pour rien.

Et elle s’en contenta.

Il cessa de lui tenir la main et s’assit à fond sur le canapé, sans la regarder, les yeux devant lui, sans rien dire… Elle non plus ne disait rien et ne s’étonnait pas de ce silence subit. Elle n’avait pas assez de hardiesse, sans doute, pour continuer à parler de cela. Et si elle pariait d’autre chose, peut-être l’accuserait-on de tenir à changer de propos.

Au bout d’un instant, elle sentit le besoin d’expliquer son silence, en appuyant ses doigts sur sa tempe, comme si elle souffrait d’une migraine.

A l’autre bout du salon où étaient les deux familles, la conversation était en train de mourir, et personne, vu l’heure tardive, n’y ajoutait de nouvelles bûches. « Berthe, nous allons rentrer ! » dit Mme Voraud d’une voix haute.

Berthe sembla attendre une intervention de Daniel. Elle répondit enfin : « Oui, maman, » et fit mine de se lever.

Daniel la retint, non par la main, mais du bout des doigts et par le bras, et dit avec précipitation à Mme Voraud : « Ah ! madame, il n’est pas tard. Attendez encore un instant ! »

— Mais non, madame, il n’est pas tard, se décida à dire Mme Henry, qui aurait pourtant bien voulu aller se coucher.