— Je voulais te parler… continua Daniel. Tu m’as raconté dans le temps une histoire à propos d’elle et de Bardot. J’ai de bonnes raisons de croire que ce n’est pas vrai. Mais je ne serais pas fâché de savoir de qui tu tiens ça.

— Je te l’ai déjà dit, répondit Julius. Je le sais de Bardot lui-même.

— C’est un blagueur, dit Daniel, et un mufle, s’il a vraiment raconté ça.

— Il l’a vraiment raconté, dit paisiblement Julius. Et il me le raconte environ quatre fois par semaine. Il me rase assez avec ça.

— Qu’est-ce qu’il te dit ?

— Oh ! je n’y fais pas attention.

— Écoute, mon petit Julius, c’est toi qui es un mufle de ne pas me parler plus sérieusement de cette chose qui est très grave. Fais-moi le plaisir de laisser ces allumettes tranquilles. Et il enleva le porte-allumettes où Julius venait de frotter la dixième allumette pour s’amuser à écrire sur la table avec des bouts de bois carbonisés.

— Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?

— Je veux que tu me racontes exactement tout ce que Bardot t’a dit.

— Il serait content s’il t’entendait. Car c’est évidemment pour que je te le rapporte qu’il vient m’embêter avec ça tous les deux soirs. D’abord il y a une chose que tu peux savoir, parce que c’est connu, c’est qu’il a été pour ainsi dire fiancé avec Berthe Voraud. Le mariage s’est rompu, à ce qu’il prétend, parce que le père Bardot n’a pas voulu qu’il l’épouse. Mais je crois que c’est le contraire et que c’est Voraud qui n’a pas voulu lui donner sa fille ; il n’a aucune position.