Il se leva doucement, et gagna le cabinet de toilette. Il se rafraîchit le visage avec de l’eau froide et de l’eau de Cologne, et revint se coucher. Il éprouva une sensation agréable en se retrouvant dans le lit chaud ; mais il s’était un peu refroidi dans le cabinet de toilette ; Berthe grogna doucement en dormant, et le repoussa d’un petit coup de pied, le premier coup de pied conjugal.
Il attendit quelques instants, le temps de se réchauffer. Puis il s’approcha d’elle et, une fois de plus, la prit dans ses bras. Dès qu’il sentait son amour renaître, il se hâtait naïvement de l’épuiser.
Quelques instants plus tard, Jacqueline, la femme de chambre de Mme Voraud, qu’on leur avait prêtée pour quelques jours, frappa à la porte : « Entrez ! » dit fièrement Berthe. Tous deux couchés côte à côte la regardèrent en riant. Elle leur dit : « Bonjour, monsieur madame », et demanda s’ils voulaient déjeuner. Elle avait été chercher deux œufs et deux côtelettes. Fallait-il servir le déjeuner sur une petite table dans le cabinet de toilette ? Mais ils étaient trop impatients de déjeuner seul à seul dans leur salle à manger. Berthe, après une toilette rapide et provisoire, mit un peignoir blanc et tous deux s’installèrent en face l’un de l’autre, de chaque côté de la grande table carrée. Le feu était allumé depuis peu, et il faisait un froid de loup. Ils durent aller chercher tout ce qu’ils possédaient de manteaux et de fourrures. Sur la nappe neuve, brillante, coupée de raides cassures, il y avait un huilier et une salière. Le morceau de gruyère les fit rire, tant il était petit.
Après déjeuner, Berthe rentra dans son cabinet de toilette, et Daniel, sans en avoir l’air, alla se rendormir sur le lit.
Vers deux heures, un coup de sonnette l’effraya. Il se réveilla tout honteux, comme s’il eût été en faute. On vit apparaître Mme Voraud, qui prit son air le plus naturel pour leur dire bonjour. Daniel ne s’attendait pas à la voir si tôt. On avait dû comploter cette visite à son insu. Mais il n’en fut pas mécontent. Quand Mme Voraud, au bout d’une heure, fit mine de s’en aller, on la retint énergiquement de part et d’autre.
— Restez donc, madame, dit Daniel, il faut que j’aille chercher des places au théâtre. Vous resterez avec Berthe pendant ce temps-là.
Il s’en alla à pied au Palais-Royal. Il cherchait les glaces des devantures, et s’y regardait dans son pardessus neuf, en pensant : Je suis marié.
Il avait dit qu’il serait absent une demi-heure. Et il s’aperçut qu’il était parti depuis quarante minutes. Consterné, il prit une voiture pour rentrer rue Caumartin. Qu’allait-il dire Berthe ? Le lendemain de son mariage, s’en aller comme ça, et lui manquer de parole !
Il la trouva causant paisiblement avec sa mère.
— Vous avez pris les places ? dit-elle.