Daniel conduisit Berthe dans un restaurant du boulevard, très élégant. Ils étaient seuls dans une salle. Berthe disait : J’aurais préféré un endroit où il y a du monde… Daniel, désespéré, s’écria : Oh ! si j’avais su… je croyais au contraire que vous ne vouliez pas qu’on vous voie ! Berthe dit : Nous pourrions nous en aller et souper ailleurs. — C’est bien difficile, dit Daniel. De quoi aurions-nous l’air ?
Berthe ne voulut ni manger ni boire. Daniel finit par lui faire prendre un petit verre d’anisette. Il se força à manger de la viande froide, pour ne pas être venu là sans rien prendre.
Daniel parla de la pièce du Palais-Royal, puis de certains incidents du mariage. Mais toutes les conversations s’éteignaient après deux ou trois répliques. Berthe finit par lui dire : Si on rentrait, je tombe de sommeil !
Dans la voiture, il la prit dans ses bras. Il mit ses lèvres sur les siennes, et, dans cette attitude de recueillement, chacun d’eux songea à ses affaires. Daniel était très fatigué et se demandait s’il lui serait possible de s’endormir tout de suite, une fois arrivé. Il se déshabilla et se coucha le premier pour chauffer le lit. Elle était très longue à se déshabiller. Quand elle vint le rejoindre, il la prit dans ses bras.
— Oh ! dit-elle, laissez-moi dormir. J’ai trop sommeil.
Il lui tourna brusquement le dos, comme s’il était très fâché.
— Qu’est-ce que vous avez ? dit-elle alarmée. Daniel ! vous n’allez pas faire le méchant ?
— Vous ne m’aimez plus ? dit-il.
Très énervé, il se mit à pleurer silencieusement.
Elle lui passa la main sur la figure, et sentit ses larmes.