Il ne se donne pas la peine d’évaluer soigneusement les risques possibles d’une aventure ; il perd un temps infini à se prémunir contre le péril le plus lointain, aussitôt que le hasard de ses pensées le lui fait entrevoir.

Quand il va aux courses, il tâche de ne pas regarder le tableau du pari mutuel. Car s’il aperçoit le nom d’un cheval qui a réuni peu de mises et qui doit rapporter beaucoup, il se trouve forcé de le jouer, sans croire à sa victoire, mais par peur des reproches qu’il s’adresserait, au cas où ce cheval gagnerait sans qu’il eût misé sur sa chance.

Il a des principes, acquis au hasard, et auxquels il obéit par crainte plus que par raison, et aussi par paresse, pour n’avoir pas à choisir le meilleur parti en examinant les circonstances.

Esclave de certains proverbes, il gâche sa besogne pour ne pas la remettre au lendemain. Il a toujours plusieurs cordes à son arc et les laisse pourrir toutes ; il se trouve plus démuni au moment de s’en servir, que ceux qui n’avaient qu’une corde à leur arc, et qui l’ont entretenue avec vigilance.

A la veille de revoir Berthe, il prend le parti de se recueillir avant cette grande entrevue, et de ne pas aller au magasin.

Il va trouver sa mère dans sa chambre, et lui dit : « Je crois que je ferai mieux de ne pas sortir aujourd’hui. J’ai très mal à la gorge. »

Il a les amygdales un peu rouges ; il n’aurait pas le courage de mentir complètement.

Il reste donc à la maison, et, après le déjeuner, va s’étendre sur son lit, autant pour songer en paix à sa bien-aimée que pour donner plus d’importance à son mal de gorge, qui a laissé son père un peu sceptique.

Il pense à la révélation importante que son ami Julius lui a faite la veille : Berthe Voraud en aime un autre. Elle est en flirt avec André Bardot.

Il faut que Daniel se remette à l’escrime.