Il profita de ce qu’il était chez le chemisier pour acheter une garniture en nacre pour son devant de chemise. Entre autres modifications qu’avait produites dans son âme l’aveu d’amour de Mlle Voraud, figurait désormais le besoin impérieux d’avoir toutes les boutonnières de son plastron garnies de boutons.
Tout ceci se passait à neuf heures et demie du matin. Daniel se fit envoyer la chemise géante à son domicile et se rendit auprès de son père. M. Henry, dans son bureau, causait avec l’oncle Émile, qui passait par là ce matin. En apercevant Daniel, M. Henry dit à l’oncle :
— Permets que je te présente le haut patron, le commanditaire de la maison, M. Daniel Henry. Monsieur vient de temps en temps au magasin, pour voir si nous travaillons bien, et si tout va suivant son idée. Voulez-vous nous faire l’honneur de vous asseoir, monsieur le comte. On va vous montrer les livres de la maison. Par quoi voulez-vous que l’on commence ?
Allons ! il n’était pas de trop méchante humeur. Daniel, qui ne l’avait pas encore vu le matin, l’embrassa sur le front. Puis il s’en alla du côté de son bureau. En traversant le bureau du comptable, il vit que M. Fentin n’était pas là. « Daniel ! cria M. Henry. »
Il revint près de son père. « Comme M. Fentin ne vient pas ces jours-ci, — oui, il a une angine — je vais te donner du travail pour cet après-midi. Tu vas me faire trois copies de ces listes d’échantillons et tu me les enverras aux clients dont je te dirai les noms. »
— C’est que… papa…
— Qu’est-ce qu’il fait, papa ?
— C’est que… papa… j’ai absolument promis à M. Voraud d’aller aujourd’hui à Bernainvilliers.
— Comment ? Mais tu en sors, de Bernainvilliers. Qu’est-ce que tu as maintenant avec ces gens-là ?
Daniel rougit. Puis un gracieux petit mensonge lui surgit dans l’esprit, à point nommé.