— M. Voraud a beaucoup insisté pour que je vienne aujourd’hui, parce qu’il doit me présenter à un de ses amis, un professeur, qui me recommandera, au moment des examens.
— C’est tout de même curieux que je ne peux compter sur ce jeune homme pour aucune chose dont j’ai besoin, dit M. Henry. Quand est-ce que tu vas un peu songer à te rendre utile à ton père ?
— Si tu veux, je viendrai demain de bonne heure, et je copierai ces listes.
— Demain, monsieur ? Non. L’année prochaine. Je vous assure que ça sera grandement temps. Je regrette infiniment, monsieur. On fera son possible pour s’organiser en se passant de vos estimables services.
Il s’inclina profondément. Puis il se mit à signer des papiers. Daniel s’esquiva en douceur, en marchant de côté pour ne pas élargir l’entre-bâillement de la porte. Il gagna son petit bureau. Il s’installa sur son fauteuil, devant le vieux bureau recouvert de moleskine usée, puis, après avoir bâillé deux ou trois fois, il expédia quelques affaires courantes, telles que l’enfoncement du crin sous la moleskine, au moyen d’un porte-plume introduit dans un accroc, ou bien l’agrandissement d’une tache d’encre sur le mufle en cuivre du lion de l’encrier.
Il prit une feuille de papier à en-tête, où il écrivit : J’aime Berthe, en anglaise cursive, puis en imitation de ronde.
Il déchira cette feuille compromettante et en prit une autre sur laquelle il écrivit : « M. et Mme Henry ont l’honneur de vous faire part du mariage de M. Daniel Henry, avec Mlle Berthe Voraud. » Il ajouta, à côté de son nom : « Docteur en droit. » Puis il biffa cette indication, parce que ç’aurait été trop long d’attendre son doctorat.
— Daniel ! On rentre déjeuner !
Daniel froisse précipitamment son projet de faire-part et le jette dans le panier à papier.
Il retrouve son père au milieu du magasin. M. Henry demande à un employé : Est-ce qu’on est venu de chez Harduin ?