— Commençons notre tournée, dit Louise. Le plus raisonnable serait peut-être d’aller chez Beau, à l’agence de locations.
C’était tout à côté, en face la gare. Ils entrèrent dans une petite boutique où était installé un bureau. Ils virent là une dame maigre, ornée d’un pince-nez, et dont les coins de bouche tombaient un peu. Pour corriger l’expression revêche, et bien nuisible au commerce des locations, que cette conformation donnait à son visage, Mme Beau avait adopté un continuel sourire affable.
— Dans quel prix voulez-vous mettre ? dit-elle.
Daniel ne répondit rien tout d’abord. Il ne s’était muni chez lui d’aucune indication, et il n’y avait pas d’homme moins renseigné que lui sur les prix des villas, chalets, et, d’ailleurs, sur les prix de quoi que ce fût. Il ne savait pas quand on devait marchander, se hâtait le plus souvent d’en finir, et était tracassé, une fois le marché conclu, par la crainte de s’être fait voler.
Ne sachant que dire à Mme Beau, il se raccrocha éperdument à la vérité, et renonça à l’air assuré et important qu’il avait pris en entrant dans l’agence.
Il répondit donc humblement : « Ce n’est pas moi qui dois louer. Ce sont mes parents. Je voudrais voir ce qu’il y a de bien. J’indiquerai les adresses à mes parents, qui viendront louer définitivement. »
— Vous savez au moins combien il vous faut de chambres ?
— C’est selon, dit Daniel. Il se pourrait que mon oncle Émile et ma tante Amélie viennent habiter avec nous. Alors il nous faudra quatre chambres.
— Beau ? cria Mme Beau.
Une porte s’ouvrit au fond et Beau parut. Il n’était ni beau, ni laid. Ce n’était donc pas sur son propre visage qu’il fallait chercher l’origine de son nom patronymique, qu’il ne méritait ni par acclamation, ni par ironique antiphrase.