— Avons nous les clefs du chalet Pilou ? dit Mme Beau.
— Mais non, dit Beau. Puisqu’il est occupé. Mme Pilou est revenue d’hier.
— Je vais y conduire ces messieurs et dames.
— Prends toujours les clefs de la villa Mauvesin, puisque c’est sur le chemin. Tu auras meilleur temps de les y mener d’abord. Ils pourront comparer avec le chalet Pilou.
Ils passèrent devant la villa des Marguerites, dont le nom printanier et les balcons en bois séduisaient beaucoup les âmes juvéniles. Mais elle était humide, paraît-il, mal meublée, et la propriétaire était folle. Puis, ils visitèrent la villa Mauvesin, que les propriétaires habitaient toute l’année et louaient pendant trois mois d’été. Le jardin ne manquait pas d’ombrage. La maison, toute blanche, avait un aspect un peu triste. « Vous allez voir comme c’est bien meublé », dit Mme Beau. Elle ouvrit le vestibule, poussa les volets du salon obscur. Il était encombré de photographies. Les locataires étaient introduits du jour au lendemain au milieu des souvenirs tout chauds d’une famille, comme dans un lit dont on n’a pas changé les draps. Ces gens-là vous louaient pour une saison leur idéal d’art, avec les gravures qu’ils avaient choisies pour les panneaux, le culte de leurs parents morts, et même celui de leurs animaux défunts : un épagneul empaillé et mal épousseté était couché en rond au pied d’une console, dans la posture qu’il affectionnait tant.
Ils sonnèrent ensuite au chalet Pilou. Et ce fut Mme Pilou elle-même qui vint leur ouvrir, Mme Pilou, la miniaturiste, avec sa haute stature, ses cheveux coupés courts, et qui, malgré ses allures et son détachement d’artiste, passait pour être inexorablement rapia dans l’inventaire de la vaisselle. Le chalet Pilou, en briques, leur parut confortable et convenablement meublé. Le salon était constitué par l’atelier de la propriétaire. La salle à manger était claire. Il y avait une bonne place à l’ombre, pour déjeuner dans le jardin, et c’est l’agrément de la campagne. La cuisine était vaste, avec l’eau de la ville. Les chambres du haut étaient plaisantes, bien qu’il y eût un peu trop de rideaux autour des lits. Enfin, Daniel, en examinant à la dérobée les cabinets, vit, non sans plaisir, qu’ils étaient tapissés avec des dessins de journaux amusants.
Le chalet Pilou faisait bien l’affaire. Ils redescendirent tous en conférence dans le salon du bas. Sur la cheminée, Uranie, la muse bien connue de l’astronomie, siégeait de profil sur un fauteuil doré qui marquait l’heure, appuyait sa main sur une sphère étoilée, et feignait de lire sans relâche, pour n’avoir pas l’air de voler son titre, une belle édition sur bronze d’un traité de cosmographie.
Daniel sentit le besoin d’étonner les jeunes filles par son habileté commerciale et, devant Pilou, se mit à dénigrer la maison d’une façon telle, que le parti pris s’y voyait de vingt lieues à la ronde. « Enfin, acheva-t-il, je dirai à ma mère de venir visiter la villa. Mais je crains bien qu’elle ne lui plaise pas. »
Comme il était cinq heures à peine, et qu’ils ne voulaient pas rentrer si tôt, ils allèrent encore visiter une autre maison sur la route de Beauvais. Daniel, le choix de la villa étant à peu près arrêté, n’avait plus qu’à penser à sa bien-aimée. Louise Loison et Mme Beau marchaient devant. Il resta un peu en arrière avec Berthe.
Il lui dit : « Vous êtes contente que je vienne habiter ici ? » Elle répondit : « Oui, très contente. »