Berthe l’accueillit avec plus de réserve que les autres soirs. Mais Daniel ne lui en voulut point. Si vraiment ce jeune homme lui avait fait la cour, il eût été malséant de se livrer, devant lui, à des démonstrations trop vives.
Quant à Louise Loison, elle devait être au courant de quelque chose. Elle semblait en mauvais termes avec André Bardot. Elle dit à Daniel : « Quelle drôle d’idée M. Voraud a-t-il eue de nous amener ce raseur à dîner ? Ni Berthe, ni moi, ne pouvons le souffrir. »
Mais Daniel, tout à la joie qu’il n’y eût aucun conflit, évitait de voir l’entrée des soupçons et de s’engager dans leurs routes obscures.
Il reconduisit André Bardot à la gare, avec Berthe Voraud et Louise Loison. Il ressentait pour le jeune homme des élans de sympathie qu’il n’eût pas modérés, sans la présence de Berthe, qui le gênait un peu.
Mais quand André les quitta, et quand ils revinrent tous les trois par la route déserte et sombre, Berthe s’approcha de Daniel et lui tendit ses lèvres avec une ardeur inaccoutumée, et si vive, que Daniel, hors la présence d’André, en ressentit une soudaine angoisse. Puis, elle prit sous le sien le bras du jeune homme, et ils s’en allèrent sans rien dire jusqu’à la grille de la maison Voraud. Avant de se séparer, ils s’embrassèrent longuement encore.
— Vous m’aimez ? dit Daniel.
— Je vous aime.
— … Vous n’avez jamais aimé que moi ?
— Je vous le jure.
Il murmura tendrement : Je vous crois.