A la faveur d’une courte absence de Mme Voraud, un conciliabule eut lieu, dans le jardin, entre Daniel, Berthe et Louise Loison.

— Pour moi, disait Louise, c’est la femme de chambre qui a dû faire des rapports. C’est une mauvaise pièce. Ce n’est pas d’aujourd’hui que je m’en aperçois. Vous direz ce que vous voudrez, mais je suis certaine que l’autre jour elle vous a vus vous embrasser dans le petit salon.

— Sûrement, dit Berthe, maman se doute de quelque chose. Elle n’est plus la même avec moi.

— Il n’y a qu’à voir, dit Daniel, les têtes effrayantes qu’elle me fait, quand j’arrive après déjeuner.

— Oh ! pour ça, dit Berthe, vous n’avez vraiment pas besoin d’y faire attention et d’y attacher la moindre importance. Est-ce que c’est maman ou moi que vous venez voir ? Est-ce que, moi, je vous fais des têtes ?

— Tu m’aimes ? demanda Daniel à voix basse.

— Je vous aime, vous le savez bien.

— Dites : Je t’aime.

— Je t’aime.

— Faites donc attention, dit Louise… Il y a une chose, poursuivit-elle, qui m’a paru très grave l’autre jour : c’est quand Daniel était dans la maison pour chercher un livre et que Berthe a voulu monter dans sa chambre pour chercher de la laine, sa mère lui a dit, si sèchement : Tu n’as pas besoin de laine maintenant ; tu en as un gros peloton dans ta corbeille.