Daniel, en sortant de là, était heureux d’être débarrassé de cette visite, mais un peu désappointé de n’avoir pas reçu une réponse ferme. Il avait prévu le refus, l’acceptation, mais l’hypothèse de l’ajournement lui avait échappé.

Après le dîner, comme ils étaient tous trois dans le salon du chalet Pilou, qu’ornaient à profusion les miniatures de la propriétaire, on sonna à la grille. C’était M. Voraud. On l’installa dans un fauteuil, et on l’accabla d’offres de liqueurs. Il dut alléguer un mal de gorge pour refuser le cigare médiocre que M. Henry lui tendait d’un air engageant.

On parla du train de six heures, toujours en retard, du plus court chemin pour aller de la maison Voraud au chalet Pilou, de Mme Pilou elle-même, dont M. Voraud connaissait les excentricités. M. Henry, Mme Henry et Daniel l’écoutaient parler avec un intérêt prodigieux.

Enfin, d’un accord tacite, on laissa la conversation tomber. M. Voraud dit gravement : J’ai parlé à ma femme.

Le silence se fit plus grand.

— Eh bien ! Elle est de mon avis. Nous ne disons pas non, loin de là. Nous trouvons, et je crois que vous pensez de même, qu’il est un peu prématuré d’en causer. M. Daniel est un brave garçon, un jeune homme instruit et intelligent. Mais ne croyez-vous pas qu’il convienne, en raison de son jeune âge, d’ajourner la conversation à un an, non pour s’assurer de la solidité de ses sentiments, que je ne mets pas en doute, mais surtout pour voir de quel côté il s’orientera dans la vie ? Qu’en pensez-vous ?

— Je suis absolument de votre avis, dit la sage Mme Henry.

— D’ici là, je ne vois aucun inconvénient à ce que ces jeunes gens continuent à se voir. Je tiens à faire savoir à M. Daniel qu’il sera toujours le bienvenu à la maison.

Le lendemain, vers onze heures, Louise Loison passa au chalet Pilou. Daniel la mit au courant des incidents de la veille. Elle se déclara satisfaite.

— Ils ont dit oui. C’est l’important. Attendre un an ? C’est de la bêtise. Vous vous marierez vers le nouvel an. Nous nous occuperons de choisir un jour.