Daniel avait télégraphié à son ami de se trouver à deux heures à la terrasse d’un café du faubourg Montmartre. Il aperçut le maigre Julius à son poste, devant un petit verre de cognac, qu’il s’était dépêché de boire, pour en être débarrassé. Il avait les jambes croisées, le coude appuyé sur le marbre de la table et sollicitait l’un après l’autre, du pouce et de l’index, les poils de sa faible moustache. Il portait, ce jour-là, une cravate horriblement neuve, un plastron de soie orangée, qui faisait un effet étrange avec sa jaquette étroite et son pantalon fatigué. Selon son habitude, il parlait à un interlocuteur invisible avec une certaine animation.
Daniel fut heureux de revoir cette bonne figure.
Comme ils ne s’étaient pas vus depuis trois mois, ils échangèrent, par exception, quelques formules de bienvenue.
— Bonjour, dit Julius, tu vas bien ?
— Et toi ? dit Daniel. Comment va-t-on chez toi ?
— Tu t’en fous, dit Julius.
Daniel s’assit et demanda : « Tu connais la nouvelle ? »
— Tu vas te marier, dit paisiblement Julius. Quand est-ce que tu te maries ?
— D’ici trois mois.
— Et à part ça, dit Julius, as-tu fait des femmes pendant les vacances ?