— Non, dit Daniel. Je ne pense pas à ça.
Il arrivait ce qu’il avait craint : cette aventure capitale de sa vie ne faisait aucun effet sur Julius. Si bien qu’influencé lui-même par cette indifférence, il lui semblait que tous les graves événements de l’été avaient considérablement perdu de leur importance. Autant pour les relever dans son propre esprit que pour produire une impression sur son ami, il se mit à faire l’article pour son bonheur.
— Tu ne peux pas t’imaginer comme c’est chic, une jeune fille. C’est quelque chose dont tu ne te doutes pas… Elle m’aime beaucoup… Et, à propos, tout ce que tu m’avais raconté au sujet d’elle et d’André Bardot, c’est faux, c’est complètement faux…
Julius ne répondait pas. Daniel résolut alors de lui parler de la fortune de Berthe. Lui-même n’y avait jamais beaucoup songé. Mais devant ce Julius impassible, il fallait, pour arriver à produire un effet, faire flèche de tout bois. Il ajouta donc :
— Et ce qui n’est pas mal non plus, c’est que le père Voraud est riche.
— Non, dit tranquillement Julius.
— Comment ? non !
— Non. Je sais qu’il n’est pas riche. Et non seulement il n’est pas riche, mais il est très embarrassé dans ses affaires. Et veux-tu que je te dise ? Papa, qui est en relations avec les clients de Voraud, sait à quoi s’en tenir sur sa fortune. Il a même dit aujourd’hui, à déjeuner, qu’il fallait vraiment que ton père ne connaisse pas la situation de Voraud, pour avoir donné son consentement à ce mariage.
— Mais qu’est-ce qu’elle a de grave, cette situation ?
— Elle est très embarrassée, dit Julius. Voraud est dans des affaires difficiles et, l’année dernière, on a dit qu’il allait suspendre ses paiements.