Illusion, charmant mirage,

Qui jouez les pauvres humains…

N’est-ce pas plutôt parce qu’il s’était imaginé qu’il aimait les chevaux ?

Comment avait-il pu croire qu’il aimait les chevaux !

Voilà une question qu’il se posa bien souvent au cours d’interminables séances de trot assis, « les étriers relevés et croisés sur l’encolure ».

Un jour, en remontant sur son dos jusqu’à la chambrée une selle fort lourde et une couverture toute chaude de transpiration chevaline, il pensa tout à coup à un fatal épisode de son enfance.

Il avait neuf ans. Il déjeunait chez un grand-oncle à lui, qui était marchand de chevaux dans une petite ville de l’Est. Cet oncle, sous prétexte qu’on était en Bourgogne, obligeait son neveu à boire du vin sans eau, ce qui lui coupait l’appétit.

Par distraction, ou parce qu’il trouvait le temps long à table, l’enfant s’était levé pour aller à la fenêtre, soi-disant pour regarder des chevaux dont le pas heurtait le pavé de la cour.

— Ce qu’il aime les chevaux, ce petit ! s’écria le grand-oncle avec satisfaction.

Voilà pourquoi, gonflé soudain d’une fierté juvénile, le petit se crut obligé d’aimer les chevaux tout le reste de sa vie.