— Le notaire ?
— Oui. Je viens d’acheter le château…
XI
LES DERNIÈRES SEMAINES
Paul rapporta maintes fois à des amis cette histoire de Maxime achetant un château pour avoir une botte de paille. Jusqu’à ce moment, il n’ajoutait rien à ses souvenirs. Mais, entraîné par son auditoire, il raconta ensuite que Maxime s’était promené dans les salles du château, où habitaient les officiers, que le capitaine l’avait surpris déménageant des chaises anciennes, et qu’il avait répondu respectueusement :
— Excusez-moi, mon capitaine. Ce sont mes meubles…
La vérité toute nue est que Maxime n’entra pas ce soir-là dans le corps de logis principal, et qu’il se contenta de faire à la nuit tombante le tour de son nouveau domaine. Ils ne passaient que quelques heures dans ce village… Hélas ! quand le romanesque a des occasions de se manifester, une vie trop bien réglée ne lui en laisse pas le loisir.
Il eût été agréable au narrateur de de vous faire assister à la confusion de l’intendant obligé de se promener chapeau bas à côté de son nouveau maître, après lui avoir refusé une botte de paille.
Mais cet employé zélé, une fois averti par le notaire, accepta la situation de la façon la plus simple du monde. Il ne fit pas la moindre allusion à l’incident de la botte de paille, salua Maxime sans trop d’obséquiosité, et commença immédiatement un rapport oral sur diverses dépenses urgentes à faire dans la propriété. C’était, malheureusement, une de ces petites âmes étroites, complètement dénuées d’imagination, et de qui il n’est pas amusant de triompher.
Maxime avait demandé qu’on ne mît pas les officiers au courant de son opération. Tout en se promenant avec Paul dans ses terres, il lui expliqua comment il en était devenu acquéreur.
En passant devant la maison du notaire, il avait vu une affiche qui annonçait la mise en vente, aux enchères ou à l’amiable, de ce magnifique château et de ses dépendances, le tout d’une centaine d’hectares. Justement il cherchait à employer des fonds.