Quoi, l'on te tend l'oreille! est-il vrai qu'on te rogne,
Douanier?... Tu vas mourir et pourrir sans façon,
Gablou?...—Non! car je vais rempailler—Qui qu'en grogne!—
Mais, sans te déflorer: avec une chanson;
Et te coller ici, boucané de mes rimes,
Comme les varechs secs des herbiers maritimes.
—Ange-gardien culotté par les brises,
Pénate des falaises grises,
Vieux oiseau salé du bon Dieu
Qui flânes dans la tempête,
Sans auréole à ta tête,
Sans aile à ton habit bleu!...
Je t'aime, modeste amphibie
Et ta bonne trogne d'amour,
Anémone de mer fourbie
Épanouie à mon bonjour!...
Et j'aime ton bonjour, brave homme,
Roucoulé dans ton estomac,
Tout gargarisé de rogomme
Et tanné de jus de tabac!
J'aime ton petit corps de garde
Haut perché comme un goéland
Qui regarde
Dans les quatre aires-de-vent.
Là, rat de mer solitaire,
Bien loin du contrebandier
Tu rumines ta chimère:
—Les galons de brigadier!—
Puis un petit coup-de-blague
Doux comme un demi-sommeil....
Et puis: bâiller à la vague,
Philosopher au soleil....
La nuit, quand fait la rafale
La chair-de-poule au flot pâle,
Hululant dans le roc noir....
Se promène une ombre errante;
Soudain: une pipe ardente
Rutile....—Ah! douanier, bonsoir.
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—Tout se trouvait en toi, bonne femme cynique:
Brantôme, Anacréon, Barème et le Portique;
Homère-troubadour, vieille Muse qui chique!
Poète trop senti pour être poétique!...
—Tout: sorcier, sage-femme et briquet phosphorique,
Rose-des-vents, sacré gui, lierre bacchique,
Thermomètre à l'alcool, coucou droit à musique,
Oracle, écho, docteur, almanach, empirique,
Curé voltairien, huître politique....
—Sphinx d'assiette d'un sou, ton douanier souvenir
Lisait le bordereau même de l'avenir!
—Tu connaissais Phoebé, Phoebus, et les marées....
Les amarres d'amour sur les grèves ancrées
Sous le vent des rochers; et tout amant fraudeur
Sous ta coupe passait le colis de son coeur....
—Tu reniflais le temps, quinze jours à l'avance,
Et les noces: neuf mois ... et l'état de la France;
Tu savais tous les noms, les cancans d'alentour,
Et de terre et de mer, et de nuit et de jour!...
Je te disais ce que je savais écrire....
Et nous nous comprenions—tu ne savais pas lire—
Mais ta philosophie était un puits profond
Où j'aimais à cracher, rêveur ... pour faire un rond.
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Un jour—ce fut ton jour!—Je te vis redoutable:
Sous ton bras fiévreux cahotait la table
Où nageait, épars, du papier timbré;
La plume crachait dans tes mains alertes
Et sur ton front noir, tes lunettes vertes
Sillonnaient d'éclairs ton nez cabré....