—Manque de savoir-vivre extrême—il survivait—
Et—manque de savoir-mourir—il écrivait:
«C'est un être passé de cent lunes, ma Chère,
En ton coeur poétique, à l'état légendaire.
Je rime, donc je vis ... ne crains pas, c'est à blanc.
—Une coquille d'huître en rupture de banc!—
Oui, j'ai beau me palper: c'est moi!—Dernière faute—
En route pour les cieux—car ma niche est si haute!—
Je me suis demandé, prêt à prendre l'essor:
Tête ou pile ...—Et voilà—je me demande encor....»
«C'est à toi que je fis mes adieux à la vie,
A toi qui me pleuras, jusqu'à me faire envie
De rester me pleurer avec toi. Maintenant
C'est joué, je ne suis qu'un gâteux revenant,
En os et ... (j'allais dire en chair).—La chose est sûre
C'est bien moi, je suis là—mais comme une rature.»
«Nous étions amateurs de curiosité:
Viens voir le Bibelot.—Moi j'en suis dégoûté.—
Dans mes dégoûts surtout, j'ai des goûts élégants;
Tu sais: j'avais lâché la Vie avec des gants;
L'Autre n'est pas même à prendre avec des pincettes ...
Je cherche au mannequin de nouvelles toilettes.»
«Reviens m'aider: Tes yeux dans ces yeux-là! Ta lèvre
Sur cette lèvre!... Et, là, ne sens-tu pas ma fièvre
—Ma fièvre de Toi?...—Sous l'orbe est-il passé
L'arc-en-ciel au charbon par nos nuits laissé?
Et cette étoile?...—Oh! va, ne cherche plus l'étoile
Que tu voulais voir à mon front;
Une araignée a fait sa toile,
Au même endroit—dans le plafond.»
«Je suis un étranger.—Cela vaut mieux peut-être....
—Eh bien! non, viens encor un peu me reconnaître;
Comme au bon saint Thomas, je veux te voir la foi,
Je veux te voir toucher la plaie et dire:—Toi!»—
«Viens encor me finir—c'est très gai: De ta chambre,
Tu verras mes moissons—Nous sommes en décembre—
Mes grands bois de sapin, les fleurs d'or des genêts,
Mes bruyères d'Armor ...—en tas sur les chenets.
Viens te gorger d'air pur—Ici j'ai de la brise
Si franche!... que le bout de ma toiture en frise.
Le soleil est si doux ...—qu'il gèle tout le temps.
Le printemps....—Le printemps n'est-ce pas tes vingt ans.
On n'attend plus que toi, vois: déjà l'hirondelle
Se pose ... en fer rouillé, clouée à ma tourelle.—
Et bientôt nous pourrons cueillir le champignon....
Dans mon escalier que dore ... un lumignon.
Dans le mur qui verdoie existe une pervenche
Sèche.—... Et puis nous irons à l'eau faire la planche
—Planches d'épave au sec—comme moi—sur ces plages.
La Mer roucoule sa Berceuse pour naufrages;
Barcarolle du soir ... pour les canards sauvages.»
«En Paul et Virginie, et virginaux—veux-tu—
Nous nous mettrons au vert du paradis perdu....
Ou Robinson avec Vendredi—c'est facile—
La pluie a déjà fait, de mon royaume, une île.»
«Si pourtant, près de moi, tu crains la solitude,
Nous avons des amis, sans fard—Un braconnier;
Sans compter un caban bleu qui, par habitude,
Fait toujours les cent-pas et contient un douanier....
Plus de clercs d'huissier! J'ai le clair de la lune,
Et des amis pierrots amoureux sans fortune.»
—«Et nos nuits!... Belles nuits pour l'orgie à la tour!...
Nuits à la Roméo!—Jamais il ne fait jour.—
La Nature au réveil—réveil de déchaînée—
Secouant son drap blanc ... éteint ma cheminée.
Voici mes rossignols ... rossignols d'ouragans—
Gais comme des poinçons—sanglots de chats-huans!
Ma girouette dérouille en haut sa tyrolienne
Et l'on entend gémir ma porte éolienne,
Comme chez saint Antoine en sa tentation....
Oh viens! joli Suppôt de la séduction!»